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PERSÉPOLIS de M. Satrapi & V. Paronnaud (2007)

10-10-2017

Les cinq premières minutes du film donnent les règles du jeu. Il s’agit d’une autobiographie adaptée de la bande dessinée de Marjane Satrapi (publiée en quatre tomes).

La réalisatrice Marjane Satrapi

Marjane Satrapi installée en France a été révélée par l’”Association” , une édition consacrée à la B.D et qui lui a permis d’écrire et de dessiner sa vie de manière originale. Le succès international est arrivé et en particulier aux États-Unis où les Iraniens vivent massivement à Los Angelès : ceci explique pourquoi la production de ce film d’animation est en partie américaine.

Lors de la projection à Cannes , Persépolis a obtenu le prix du Jury en 2007.

Le travail d’adaptation

La BD est écrite à la première personne et cela a demandé un effort énorme d’adaptation : 4 volumes sont condensés en un film d’ 1 heure 30 [1] .

L’auteur a surtout gardé les “passages” c’est-à-dire les changements de régime politique : le chah, la révolution islamique [2] . En même temps, elle évoque la période de l’adolescence si bien que la petite histoire rencontre la grande Histoire. Ce récit à la première personne , choix conservé dans le film accentue la ressemblance entre cette histoire personnelle de la jeune enfant qui devient une jeune fille et les bouleversements de la grande Histoire , de la vie politique de son pays. C’est donc à travers le regard de Marji (diminutif de Marjane) que le film est raconté [3].

Le film montre le passage d’un régime de dépression à un autre régime de souffrance. Les prisonniers politiques étaient présents sous le régime du chah et il y a toujours des prisonniers politiques sous le régime suivant. Les Iraniens parlent beaucoup de cette ressemblance entre les deux régimes en évoquant cette constante.

Mettre en forme tout en faisant un choix original qui respecte la BD . C’est donc un film d’animation en noir & blanc [4].

Analyse des 5 premières minutes du film

Téhéran 1978

Quel est le projet artistique de M Satrapi ? Une série assez classique de 5 ou 6 flash-back qui sont des pauses presque mathématiques où la voix de la narratrice au présent établit une distance. Le passé est toujours en noir & blanc et aborde la vie de M. Satrapi enfant , adolescente puis adulte. Le présent c’est uniquement Orly et la voix off adulte établit une distance avec le passé.

La narratrice a la liberté d’imaginer le passé . Quand elle évoque sa rencontre avec Marcus , elle a une double vision de son amoureux . Il est tout d’abord angélique quand elle est amoureuse puis il devient diabolique quand elle ne l’aime plus.

Le passage du passé au présent est motivé par le lieu : Orly sud , lieu qui lui rappelle des souvenirs ( l’ arrivée d’une amie).

Le personnage principal est installé : c’est Marjane Satrapi petite car M. Satrapi adulte a eu un jour le cafard et est allée à Orly regarder les gens prendre l’avion mais elle sait d’avance qu’elle ne pourra pas partir . Pourtant elle se met dans la file d’attente jusqu’au moment où il faut présenter un passeport qu’elle n’a pas [5].

Le film est un regard d’adulte porté sur l’enfant et l’adolescente qu’elle était mais en même temps le passé est vu à travers le regard d’une enfant . Il s’agit d’un mélange d’un univers enfantin (beaucoup d’enfantillages) et le regard d’un adulte.

Réaction infantile et réaction d’adulte :

Exemple 1 . Petite, elle veut devenir la dernière prophète. Dans cette séquence, nous avons la réaction de la grand-mère face à cette idée mais également la réaction de Marjane Satrapi adulte.

Exemple 2 . Le père de Ramine (un jeune garçon) a tué un million d’enfants. Réaction très infantile de la petite Marjane : il faut punir Ramine. Marjane Satrapi le vit mais sa mère arrive et lui reproche son attitude et lui dit qu’elle joue le rôle d’un bourreau. Le regard adulte de M. Satrapi rétablit la vérité.

Le film opère un glissement vers le passé et renseigne sur le personnage principal.

l’esthétique du film

A l’aéroport, on voit un univers qui va être présent du début jusqu’à la fin du film. Il faut présenter une unité. Or c’est un film d’animation en N& B , il faut donc un fond blanc avec des personnes en noir. Pour que les personnages ressortent du cadre, il faut jouer avec le fond blanc ou gris. Ce choix esthétique rencontre un choix narratif. Ce film est influencé par Métropolis , film allemand en noir & blanc de Fritz Lang (1924) réalisé à un moment où l’Allemagne vivait un traumatisme gigantesque car le pays avait perdu la guerre et que les thèses inquiétantes d’Hitler arrivaient pendant cette période de trouble.

M. Satrapi s’inspire de l’expressionnisme allemand qui joue beaucoup sur les décors, les ombres, le noir & blanc. Le mot “expressionnisme” vient du projet “exprimer les choses” . Il faut que le cinéma apporte une autre vision du monde qui colle aux aspirations du public. Le décor est déformé comme dans M. Le Maudit , le Golem . les choses doivent être exprimées et non montrées comme une réalité [6] .

Si le personnage doute, le décor et les dessins vont être déformés. Ceci se voit dans la séquence de la dépression de Marjane .

La Bande dessinée n’est pas agréable à lire , elle provoque un étonnement car c’est un univers très dur et très noir . C’est la domination du noir et blanc car cette histoire se déroule dans un pays où les gens sont principalement habillés en noir. Les scènes se terminent par une invasion du noir qui bouche l’écran et correspond à une période de deuil.

La République islamique a fait un million de morts mais aujourd’hui encore les corps des martyres arrivent d’Irak et les cérémonies religieuses sont donc nombreuses au moment du rapatriement de ces corps.

La réussite d’un film c’est quand le projet artistique rencontre le projet idéologique. Ici , le noir & blanc sert les propos du film (voiles des femmes, les gardes) . c’est donc non seulement une réussite mais également un hommage à ce genre cinématographique. Le décor est déformé quand les manifestants vont au palais de chah. Le décor est gigantesque, un peu trop grand, un peu trop noir pour être vrai mais Satrapi exprime ce qu’elle ressent. Ainsi, les arbres sont des squelettes, ils n’ont pas de feuille. La prison est inquiétante par ses perspectives , par la grandeur de l’oeuvre car ce bâtiment est vu par les yeux d’en enfant. L’auteur exprime des choses qu’elle avait ressenti quand elle était adolescente.

Le projet initial est le projet simple du dessin car on peut facilement le déformer . Elle en joue pour montrer le changement de son corps : bouton, seins, le pied gauche explose, les fesses. Et grâce au noir et blanc, cela permet de pousser l’exagération [7].

Avant Téhéran 1992 , un passage drôle même après un moment de déprime où Dieu et Marx se sont mis d’accord pour continuer la lutte. ( Cela est d’ailleurs courageux de la part de la réalisatrice d’avoir dessiné Dieu car pour une Iranienne, c’est passible de la peine de mort.) Elle chante (faux) Eye of the Tiger [8], (B.d d’un film). C’est un hommage à Rocky 4 , à Sylvester Stalone. Cet humour castre le côté dramatique du film , il vient l’alléger de temps en temps. Elle a choisi une musique de résistance , de rébellion contre l’autorité. Et on la voit entrer à l’université comme si elle allait à un duel. C’est de la résistance physique car elle fait ,comme Rocky, de la boxe.

Le genre choisi est la comédie musicale. (La comédie musicale est née aux États-Unis en 1927 au moment où cela allait le plus mal : la période de la Dépression et ce genre a connu son âge d’or en 1930 . Or, les chansons sont interdites en Iran car la musique fait bouger les fesses . Circulent sous le manteau les cassettes occidentales ou iraniennes . Mais les Iraniens qui font de la variété (en farsi ) résident à l’étranger.

Le choix idéologique du film d’animation

Le dessin est plus universel [9], et cela permet de dire que ce qui s’est passé en Iran peut se répéter ailleurs dans le monde. Faire un film avec des prises de vue réelle aurait réduit à une histoire iranienne, peuplée de barbus et de femmes voilées. Tout ce qu’on dit sur ce pays l’a réduit à des clichés. Et c’est ce que l’on voit dans les toilettes , au début du film, avec le regard de l’ Européenne maquillée : “vous nous avez réduit à l’image de la femme voilée , à un cliché”.

L’intention de départ est de dire “nous sommes comme les autres : une famille avec ses soucis, ses complicités. Les premières victimes de l’intégrisme sont les Iraniens. Broderies (2003) est une BD où il y a le langage cru de la grand-mère. Marjane Satrapi a une relation privilégiée avec sa grand-mère (voix de Danielle Darieux dans le film ) et avec laquelle revient le thème de l’intégrité. C’est également un film qui rend hommage aux femmes.

Les caractéristiques du cinéma d’animation

Ce qui est propre à l’animation , c’est que le dialogue est écrit avant le dessin. Ceci est vraiment différent des films pour lesquels la musique est composée après . Les comédiens ont enregistré avant et sans voir les images [10]. Dans le DVD, les compléments sont très intéressants . Le “making off ” montre ( à la 28 ème minute) l’enregistrement de la chanson “Eye of the tiger” par Chiara Mastroianni.

Douze images par seconde [11], et douze personnes qui les dessinent. M. Satrapi a dessiné plus de 600 personnages différents , un par un [12] Chaque seconde correspond à 12 personnes différentes. Par exemple, pour le personnage de l’adolescente, M. Satrapi l’a dessiné de face, de profil , de dos et un animateur reprend le dessin de manière très fidèle. Une fois les dessins terminés [13], une autre équipe dessine les contours " [14]des personnages pour qu’il y ait visibilité du personnage par rapport au cadre [15] .

Le choix du fond n’est pas facile car il y a peu de décor ou s’il y a des décors, c’est la montagne qui surplombe Téhéran de n’importe quel endroit où on se trouve.

Le dessin va de pair avec la musique.

C’était la volonté de M. Satrapi de raconter certains épisodes privilégiés et de manière hachée. Parfois, elle passe du coq -à- l’âne. Une musique d’une à deux minutes va raconter un moment de sa vie qui peut durer entre une matinée et une semaine. Dans ce film , les épisodes sont assez courts , peu de longs moments .Or la musique ,par sa continuité sonore permet une discontinuité temporelle. Elle permet l’existence d’ellipses de manière fluide.

Par exemple entre les images : "boxe" , "épilation" , "université" , les ellipses sont nombreuses et longues mais la musique permet de faire une transition de façon fluide. A Vienne, pendant sa dépression, la musique permet la déclinaison de manière souple . C’est la force du son et de la musique.

Analyse de Hussam Hindi (Association Clairobscur)

LIENS INTERNET

Biographie, interview et actualité de Marjane Satrapi :

http://www4.fnac.com/Marjane-Satrap…

Persépolis publié en monovolume & présentation d’une planche :

http://livre.fnac.com/a1943007/Pers…

sur l’autobiographie , le blog d’une documentaliste

http://lebateaulivre.over-blog.fr/a…

[1] "(…) un drôle de film, un dessin animé d’une heure trente, presque intégralement en noir et blanc, adapté de la bande dessinée Persépolis. Ces quatre tomes d’aplats noir et blanc, sans dégradés ni perspective, racontent l’histoire d’une petite fille et de sa famille, à Téhéran, à partir de la chute du chah, en 1979 (…) deux ans de travail , quatre vingt-dix personnes impliquées, une fabrication 100 % française ."Article de Juliette Bénabent in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007, pp. 20-21

[2] "Adolescente, elle est envoyée par ses parents en Autriche, où elle connaît un double choc social et culturel, avant de revenir en Iran, apprendre les beaux-arts sous un régime qui oblige les modèles des cours de dessin à poser intégralement voilés…" Marjane Satrapi in Télérama n°2976, 24 janvier 2007,p.20

[3] "(…) peu importe au fond la réalité. Ce qui compte c’est la rupture, l’idée de l’exil : partir, revenir, repartir, ne plus savoir qui l’on est ni d’où l’on vient." Vincent Paronnaud in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p.21

[4] et "utiliser une palette de gris (…). Vincent Paronnaud (…) a travaillé à partir de photos de Téhéran et de Vienne" J.B in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p.21

[5] "Je ne suis pas retournée en Iran depuis sept ans (..) Je ne veux pas risquer la prison. Mais j’ai parfois le blues. Un vendredi, jour des vols pour Téhéran, je suis allée à l’aéroport, comme si j’allais partir…Et j’ai passé la journée à pleurer en regardant les avions décoller. Cette scène ouvre le film et le reste de l’action est en flash-back." M. S in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p.20

[6] "(…)elle dit s’inspirer du cinéma de Murnau et des gravures de Félix Valloton pour l’usage du noir et blanc, de la Nuit du chasseur de Charles Laughton, pour les ambiances de terreur lors des bombardements de Téhéran par l’armée irakienne, et des Affranchis, justement de Scorsese , "pour l’énergie du montage et la gestion de la voix off qui raconte une histoire étalée sur quinze ou vingt ans"." J.B in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p23

[7] "Séquence 79 : c’est la croissance fulgurante de Marjane enfant, une scène très drôle qu’elle a réalisée elle-même"J.B. in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p.22

[8] "de Survivor. C’est un moment-clé, où la jeune Marjane reprend le dessus après une tentative de suicide .(…) C’est la seule chanson dont les droits ont été achetés (très cher !) . Pour le reste, le compositeur Olivier Bernet écrit une musique originale allant du rock au classique et de la techno au tar iranien." J. B. in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007, p. 23

[9] "En images réelles, on aurait perdu l’universalité de l’histoire(…). Une Chilienne m’a écrit que son pays a vécu la même chose que l’Iran pendant le coup d’état de Pinochet et un chinoi m’a confié que mon histoire lui rappelait la révolution culturelle. L’abstraction du dessin permet à chacun de s’identifier." Marjane Satrapi in Télérama n0 2976, 24 janvier 2007p. 20.

[10] "(…) toutes les voix ont été enregistrées en amont par des comédiens (Chiara Mastroinni, Catherine Deneuve, Simon Abkarian, Danielle Darieux…) guidés par Marjane.article de J.B in Téléraman° 2976, 24 janvier 2007,p.22

[11] "Il faut environ douze dessins pour une seconde de film, contre vingt-quatre images réelles" article de Juliette Bénabent in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007, p.22.

[12] "Ce sont des personnages en noir et blanc, les mêmes répétés de face, de dos, de profil, dans des tenues différentes.(…) Les six cent cinquante personnages, (…) ont tous été sessinés à la main par Marjane Satrapi(…)" in article de Juliette Bénabent , Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,pp. 20 & 22.

[13] "les derniers maillons de la chaîne : les traceurs. article de Juliette Bénabent in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,p. 22

[14] "la trace , comme son nom l’indique , consiste à tracer des traits. A repasser au feutre noir chaque dessin"in J. B Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,pp.22-23.

[15] (les traceurs)"C’est un métier presque disparu, réhabilité pour ce projet (…) C’est un travail très fatigant , qui requiert une extrême concentration. De la précision du trait dépendent la fluidité et la justesse des mouvements (…) Pour ce plan de Marjane enfant sur les genoux de son oncle Anouche, qui dure vingt-cinq secondes, il ya quatre cent dix dessins tracés, soit trois semaines de boulot pour le traceur". Marc-Antoine Robert, le producteur du film in Télérama n° 2976, 24 janvier 2007,pp. 22-23.

 

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